Tribunal correctionnel de Namur

Jugement 01/2012Aime bien

 

 

 

"...je refuse d’être enfermé dans une identité

de coupable. Je n’ai plus jamais reproduit de tels actes..."

in Paris Match 01/2009

 

Les parents d'une victime témoignent

 

La "face cachée" de l’abuseur
Pour Didier (*), c’est trop tard : les attouchements dont il a été victime en 1990, soit lorsqu’il avait 12 ans, sont bel et bien prescrits. Tout ce qu’il a pu faire jeudi, c’est être entendu comme témoin devant le tribunal correctionnel de Namur qui juge son abuseur, un prêtre qui n’a aujourd’hui plus aucune fonction. Gilbert H. a, en effet, été écarté, à l’issue d’un procès canonique, de toute fonction sacerdotale, comme l’a expliqué son avocat devant le tribunal.

Ce prêtre officiait dans une paroisse de la région namuroise au début des années 90. Il prenait sous son aile de nombreux garçons. Certains, qui connaissaient des difficultés dans leur famille, ont parfois logé chez lui. Il a organisé des retraites pour des enfants qui devaient faire leur confirmation. C’est au cours de ces nuits passées chez le prêtre ou au cours de séjours à Chevetogne, que les garçons ont subi les abus de Gilbert. Vu l’âge des victimes, ces attentats à la pudeur ont été qualifiés avec violences et menaces. La circonstance aggravante d’autorité sur les victimes a été retenue. Les abus consistaient en des caresses, allant jusqu’à la masturbation, dans la baignoire, au cours du bain ou lorsque l’enfant dormait.
"Gilbert avait toujours été quelqu’un de gentil, de sympathique. Et il y avait une face cachée derrière cela. Personne n’a rien exprimé. Par peur peut-être", dit Didier. Il n’en a pas parlé à sa famille, ou alors de manière indirecte, car il ne se sentait pas prêt. Aujourd’hui, il a des enfants et ne voudrait pas que cela leur arrive. Mais il ne peut oublier : "Chaque fois que j’entendais parler de pédophilie, j’allais me bourrer la gueule pour ne pas infecter les plaies qui ne se sont jamais refermées", explique-t-il. Cet homme, qui dit que ces abus ont contribué à le fermer sur lui-même, a envie d’oublier "mais je n’oublierai pas. Il est trop tard", confie-t-il, fataliste.

Si les faits sont bel et bien prescrits pour Didier, abusé à deux reprises, ils ne le sont pas pour deux, et peut-être trois autres garçons qui ont été identifiés. Dont un, Victor (*), a subi des attouchements en même temps que Didier. C’est d’ailleurs lui qui a porté plainte en 2007, lorsque le prêtre, qui avait été écarté, est revenu dans sa paroisse.

Mais selon l’avocat des parties civiles, il pourrait y avoir bien d’autres victimes.

Gilbert H. ne conteste pas avoir abusé ces trois garçons. Il a ainsi expliqué qu’il avait été écarté de la paroisse par l’évêché en 1997. Mais pas pour les faits qui lui valent de se retrouver devant le tribunal. "De ce qui m’a été dit, ce sont des comportements inadéquats, notamment à la piscine. C’était une mesure de prévention", dit-il. Interrogé par la présidente, il ne peut dire s’il y a eu d’autres victimes que celles qui ont été identifiées. "Mon comportement avec les enfants était inadéquat. Beaucoup de jeunes sont venus chez moi", reconnaît-il. Il est toujours en thérapie : "Ce travail m’a fait comprendre les déviances que j’avais à ce moment-là." Il est aujourd’hui éducateur pour des adultes, principalement SDF. "Quand j’ai été renvoyé, j’ai trouvé ce travail", explique-t-il.

Et pour son avocat, Me Karl Steinier, Gilbert ne doit pas pâtir du climat actuel qui se braque sur les faits de pédophilie commis par des prêtres. Les faits sont anciens et très limités dans le temps. Aucun risque de récidive n’existe et son client a déjà été cloué au pilori, victime au quotidien du harcèlement de Joël Devillet, une victime de Gilbert à la fin des années 80, alors qu’il était prêtre ailleurs. "Faut-il encore sanctionner aujourd’hui ?", s’est interrogé Me Steinier avant de demander une suspension du prononcé.

Soit une peine trop légère aux yeux de la représentante du ministère public, Régine Cornet d’Elzius, qui note que le prévenu n’a jamais reconnu la masturbation, parlant simplement de caresses. Elle s’interroge également sur l’existence éventuelle d’autres victimes car Gilbert était très apprécié dans la paroisse. Il y a eu deux clans une fois que les faits ont été dénoncés et certains n’osaient pas parler. La procureur du roi a requis dix-huit mois
de prison avec sursis.

"Je ne minimise pas les faits mais je n’accepte pas qu’on les exagère. J’éprouve honte et culpabilité. J’ai fait beaucoup de travail sur moi-même. J’ai beaucoup de regrets", a dit Gilbert lorsqu’il a été invité à s’exprimer avant la clôture des débats.

Jugement le 12 mai.

(*) Les prénoms ont été modifiés.

Jacques Laruelle
http://www.lalibre.be/actu/belgique/la-face-cachee-de-l-abuseur-51b8d22ee4b0de6db9c10f80





L'ex-curé de Flawinne condamné

Preuve que la justice ne s’occupe pas que des cas prescrits : un ancien curé de Flawinne poursuivi pour abus sexuels, vient d’être condamné. Les perquisitions menées dans les évêchés ces derniers jours s'intéressaient à des dossiers anciens mais d'autres affaires apparaissent encore aujourd’hui.

Les faits d'attouchements sexuels répétés par l'ex curé de Flawinne sur trois personnes mineures à l'époque se sont déroulés il y a vingt ans. Aujourd’hui, le tribunal a reconnu la gravité des faits et condamné Gilbert Hubertmont à dix-huit mois d’emprisonnement assortis d’un sursis de cinq ans. En outre, le prévenu ne pourra pas bénéficier de ses droits civils et politiques, et devra rester à l’écart de toute activité le mettant en contact avec des mineurs d'âge. 

On ne sait pas encore si le parquet ou si l’avocat du prévenu, Maitre Karl Steinier se pourvoiront en appel. Pour ce dernier, "le jugement inspire une certaine sévérité, car ils sont anciens, et même s’ils sont graves, ils sont loin d’être les plus graves en matière de moeurs. Par ailleurs, il constate une certaine compréhension du tribunal qui accorde un sursis total sur ses dix-huit mois, assortis de conditions qui étaient déjà proposées, à savoir une thérapie suivie depuis plusieurs années par l’intéressé, qui en outre, a pris en charge son problème et avoué systématiquement les faits qui lui sont reprochés. Karl Steinier estime enfin que son client "est aujourd’hui dans une situation telle que l’on ne devrait plus entendre parler de lui".

Monseigneur Léonard en cause

Mais cette affaire en concerne une autre, car avant les faits jugés ce jeudi, le prévenu avait déjà commis les mêmes actes sur un autre mineur, dont le dossier est aujourd’hui prescrit. La victime affirme pourtant avoir prévenu Monseigneur Léonard à l'époque, mais ce dernier n'aurait  pas pris les mesures d'écartement nécessaires. Cet aspect de l’affaire doit quant à lui encore être jugé à Namur.

Pierre Chomé, est l’avocat de l’une des victimes de Gilbert Hubertmont. Pour lui, "Monseigneur Léonard avait reçu la dénonciation par une autre victime de faits antérieurs. Cette personne avait demandé compensation en échange de son traumatisme, à savoir que le prêtre soit mis à l’écart de tout milieu de jeunes, que sa thérapie soit prise en charge par le prêtre et par l’Eglise, et qu’une aide lui soit accordée dans une carrière qu’il souhaitait faire au sein de l’Eglise. Mais ces trois points n’ont jamais été respectés", conclut-il.  

Même si l’ex curé de Flawinne n’ira pas effectivement en prison, ce dossier fera encore probablement parler de lui

I.L. avec Sacha Daout