BON ANNIVERSAIRE

Monseigneur Léonard, aujourd’hui, je me permets de vous souhaiter un bon anniversaire. Voici 75 ans, vous veniez, bébé, rejoindre une famille courageuse : un papa décédé, une maman aimante et des frères inséparables. La vie ne fut pas facile tous les jours, et pourtant le climat de l’amour familial se voulait une percée du soleil dans l’obscurité d’une époque.

Voici 75 ans, dans le petit André, tout était « donné » pour en faire l’homme, le prêtre et l’intellectuel que nous connaissons. La fratrie, les études et la prière ont été vos lieux d’épanouissement et de vérité. De tout votre vécu sont nées une spiritualité et une force de conviction qui se sont exprimées à travers tout ce que vous étiez : vos livres, vos contacts, votre enseignement, votre pastorat et plus tard votre épiscopat.

Le tout fut coloré par votre fougue et par votre énergie, mais aussi par votre humour bien namurois qui, depuis le pont de Jambes regarde couler la vie comme s’écoule la Meuse sous les arches. Le tout fut parfois mis en page avec une certaine maladresse, semblable à nos maladresses. Il est, cependant, tellement plus commode de s’arrêter à celle qui encombre l’œil de l’autre ! Vous ne laissiez personne indifférent !

Aujourd’hui, votre anniversaire coïncide avec votre départ à la retraite. Nous l’imaginons déjà studieuse et priante. Nous vous la souhaitons comme un havre de paix et de regard intérieur, baigné par la rencontre du Christ de la Croix, mais aussi Celui de la Résurrection. Qu’elle se vive dans la pourpre cardinalice ou sous l’humble habit du Serviteur, ce qui comptera aux yeux de Dieu c’est la tunique du cœur, colorée d’amour et de pardon. Elle sera, j’ose l’espérer, votre tenue de retraité. Votre épiscopat, s’il fut un moment important de votre vie, ne fut pas toujours le temps des rendez-vous réussis.

Souvent l’aventure du renard et du petit prince s’est transformée en des impossibles apprivoisements qui laissent des blessures dans votre cœur et dans ceux qui ont été déçus ou qui se sont sentis rejetés. Vous rêviez d’une certaine Église, toute inscrite dans la mouvance de Jean-Paul II. Vous la vouliez forte, armée de conviction et d’une morale infaillible. C’était sans compter sur la nécessité de petits pas plus soucieux de l’humain et d’une lenteur toute namuroise, plus au rythme de la mise en place de décisions conciliaires.

Vous rêviez d’une Église, « belle comme un fiancée parée pour son Époux ». Vous avez dû affronter, avec des moyens désuets et inadéquats, la pédophilie qui fut un véritable chancre dans votre ministère et dans l’actualité de notre Église. Au-delà des coupables, les doigts se pointaient sur vous. Vous deveniez le bouc-émissaire de l’impossible péché humain et de la soif de règlement de comptes d’une certaine société anticléricale.

Vous rêviez d’une Église conforme à une certaine tradition, au point d’en faire votre cheval de bataille ? C’était sans compter sur celles et sur ceux qui seront toujours un concile d’avance, même si pour cela il faut imposer d’autres tyrannies et d’autres exclusions. Oui, vous rêviez … et nous avons regardé, écouté, sans toujours comprendre. Parfois aussi, nous avons applaudi ! Vous « risquiez » des choix que nous avons combattus, parce que nous ne nous sentions plus respectés !

Vous osiez des défis et des processions nautiques, pendant que nous restions là sans comprendre ! Vous cherchiez des communautés nouvelles, vous osiez des ordinations qui nous laissaient perplexes ! Il y avait tout cela, mais il y avait aussi l’être secret que beaucoup ne semblaient pas connaître. Il y avait l’homme, le prêtre, l’évêque qui rentrait le soir dans l’obscurité de sa maison, seul et parfois abandonné. Un palais n’a jamais été votre demeure !

Il y avait l’homme, le cœur de père qui savait être là quand il le fallait, proche de l’épreuve d’un confrère ou proche de la souffrance. J’ai pu en faire l’expérience personnelle ! Vous n’aviez pas de chien à promener, mais un frère à consoler et à aimer ! Il y avait l’homme des « petites gens », celles et ceux qui ne semblent pas avoir d’histoire mais qui aimaient votre main tendue ou vos histoires dans le savoureux wallon que vous aimiez pratiquer ou encore vos petites chansonnettes, faites de bonne humeur et d’entrain.

Il y avait le Père, soucieux de l’avenir. Les vocations, le séminaire furent vos préoccupations et l’objet de toute votre attention. En vous écrivant ces quelques mots, je ne me ferai pas que des amis … mais si elle tient à cela, je m’en passerai bien.

Vous êtes un homme, un prêtre, un évêque … Vous êtes une autorité, un adversaire, une présence appréciée ou contestée … Vous êtes les larmes qui nous parlent du Cœur du Christ … Vous êtes une Parole semée au nom de l’Évangile … Vous êtes aujourd’hui, à 75 ans, celui qui peut regarder sa vie et dire : « J’ai tenté d’être un homme ». Merci et bonne route !

 

http://www.doyennesaintservais.be/secteurstservais/flawinne/billethumeur.html

 

*/Guy De Smet /*(6 mai 2015)